Liez revint aux abords d'Ayléa 4 heures avant l'exécution de Necryos. Evidemment, il n'en savait rien, et comme il n'avait vu aucun échafaud, il en conclut que la peine de mort n'avait pas encore été décidée pour lui. Il se promena dans la ville en attendant de trouver quelques informations.
C'était une horreur sans nom.
Aucune trace de vie, sinon quelques rats. La ville dans laquelle des enfants avaient gambadé, jusqu'à ce que leurs parents rentrant tard ne les surprennent et les renvoient dans leurs maisons respectives. Une ville, comme une autre, animée, avec des marchands, des magiciens et des clowns à chaque coin de rue, des distributeurs de tracts et de journaux, des gens qui se promenaient avec des vêtements de toutes sortes, des femmes se promenant avec des paniers de fleurs à la main, des hommes avec une rose dans la bouche, une canne à la main, l'air de vouloir jouer au chic. Des moustaches plus ou moins longues, des barbes, des cheveux et des pilosités de toutes les couleurs, des milliers d'étincelles de couleur dans les yeux... Tout disparu, tout aspiré dans le néant. Tout... Détruit, par la folie d'un seul homme. Des bâtiments effondrés, des ruines partout, même pas de feu, seulement des cendres et des braises gelées. Le noir, la nuit, aucune lune ni étoile, cette ville était devenu un lieu de désespoir et de désolation. Rien ne subsistait, seulement des cailloux. Pas d'eau. Pas de feu. Pas d'air, de lumière, seulement de l'ombre, une oppression semblable à l'espace entre deux couches de peinture, et de l'ombre, et des débris, et de la destruction. Rien de vivant. Rien d'humain. Aucun avenir, aucun rêve, seulement une désolation sans pareil. Plus aucun voyageur excentrique ne présentera quelque étrange tour de magie à deux sous. Plus d'artiste, plus de société. Rien. Le vide. Et le chaos.
Liez erra dans la ville, cherchant quelque chose d'humain, de vivant même, tant pis s'il s'agissait de quelqu'un à moitié mort, d'une souris à trois pattes où à deux têtes, il voulait voir quelqu'un. Quelque chose. Il trouva alors un jeune garçon caché derrière un tonneau, à l'angle d'une ruelle. Il se tenait accroupi, la tête appuyé sur les genoux. Ses cheveux broussailleux et mêlés inexplicablement étaient plein de poussière, de cailloux, et de toiles d'araignées. Il ne portait qu'un bout de tissu en guise de pagne, et sur sa peau bronzée gisaient des traces de boue et de sang séchés. Il sanglotait. La sombre silhouette de Liez s'approcha. Elle recouvrit aux yeux de l'enfant le peu de lumière qui subsistait dans la ville. Heureusement que Liez ne portait pas son masque de la mort.
Le petit enfant... Sanglota de plus belle, terrorisé par la vue d'un être vivant et armé. Il supplia qu'on le laisse en vie, il voulait vivre, il ne voulait pas être tué, il supplia Liez, il supplia, il supplia, il supplia... "Laissez moi en vie... Pitié..." Liez savait, cela le rendait fou. Liez ne savait pas comment réagir. Alors il répondit simplement qu'il n'était pas méchant. Qu'il était gentil. Et il ajouta pour réconforter l'enfant que tout ça n'était qu'un cauchemar. Un mauvais rêve. Bientôt, la lumière reviendra, et la ville reviendra normale, comme avant. Le petit enfant leva alors des yeux pleins d'espoir et de larmes. Il demanda à Liez s'il pouvait réveiller ses parents et son petit chien qui dormaient. Ils faisaient la sieste depuis quelques mois, et ils devaient avoir froid car ils sont de plus en plus pâles de jour en jour. Liez ne répondit rien pendant un moment. Puis il dit qu'il essayerait, mais plus tard, car pour l'instant, il devait réveiller un ami à lui. Le garçon lui demanda s'il pouvait l'accompagner en attendant. Liez eut toute la peine du monde à refuser. Il tenta de lui expliquer, mais l'enfant voulait venir avec lui. Il résista, en vain. Il n'avait pas de temps à perdre avec un enfant. Il ne pouvait pas être gentil, il ne pouvait pas... Aider cette personne, il ne pouvait pas la mettre dans une case à l'extérieur de ce monde momentanément, il ne pouvait pas aller au château avec l'enfant sans courir le risque qu'il meure, et l'enfant mourait ici de toute manière, de faim, de soif, dévoré ou mutilé, Liez n'avait pas de pouvoir. Il ne pouvait pas faire revivre les gens. Alors, il demanda à l'enfant de se retourner. De fermer les yeux. De compter jusqu'à trois. Ce qu'il fit.
Liez essuya le sang sur son katana, et s'interdit de réfléchir. Ses propres pensées le trahirent. Il dut s'assoir au calme un moment. Toute sa vie, le demi-Elfe s'était jurer de ne pas ressembler à la l'horreur sans nom qu'était son père.
"Liez", le fils de Morzan.
Morzan, un meurtrier, un fou, un sauvage, prenant un plaisir monstrueux à terrifier, faire subir les plus grands vices, tourments et malédictions du monde à tous les êtres vivants qu'il rencontrait.
Liez, l'ombre de cette homme, un masque de la mort, pour cacher ses traits, son apparence, sa vie constamment derrière un masque, même s'il l'avait enlevé, il restait là, toujours, en lui.
Liez se surprit à voir les cornes de son masque sur son ombre. Il cligna des yeux et l'image disparut. "La nuque." Liez s'était juré de ne pas ressembler à son père, jamais, à tout prix, il ne voulait pas tuer les autres. Il n'avait jamais tué personne. Jusqu'à cet instant. Assis sur un rocher, il contempla ses mains rouges de sang qui tremblaient, sans comprendre, puis il se redressa et poussa le hurlement le plus puissant qu'il n'aie jamais fait. Sa voix se brisa. Un torrent de larmes coulait sur ses joues, il ne pouvait pas les retenir. Il était devenu un meurtrier, tout comme son père, il était pareil, il était le même, tel père, tel fils. Personne ne pourrait jamais le nier. Il deviendrait un assassin fou, incontrôlable, capable de toutes les cruautés du monde. D'aussi loin qu'il ne se souvienne, il n'avait jamais pleuré. Mais là, il ne pouvait pas s'arrêter. Personne n'était là pour lui, pour le comprendre, pour le chérir, pour l'aimer, et il en vint à haïr le monde pour ça. Tous ces gens horribles, qui le repoussaient pour ce qu'il était, qui méprisaient ses efforts, des gens comme Elyna, qui fuient devant un monstre qu'il est. Il commença à s'arracher les cheveux, se fracassa la tête contre un mur, jusqu'au sang. Les larmes coulaient toujours. Il sanglotait, comme cet enfant qu'il avait tué. Il n'est qu'un monstre, une horreur, une abomination, tous le lui avaient dit, il ne méritait pas la vie. Il aurait du se suicider lorsqu'il en avait eu l'occasion. Il n'avait pas le droit de vivre plus. Son regard croisa à nouveau son ombre, et il revit les cornes du masque. Mais elles ne disparurent pas. Il se retourna, et vit le masque, au sommet d'une poutre en bois.
Liez s'approcha du château par la porte d'entrée. Deux gardes munis de hallebardes et vêtus d'une armure énorme, de pied en cap, se tenaient devant et barrèrent le chemin à l'individu au masque pointu.
Quelques minutes plus tard (Il connaissait tous les secrets du château pour avoir grandi dedans en tant qu'apprenti assassin), il arriva aux geôles du château. En un instant, tous les prisonniers se turent. L'aura sombre de l'être portant un crâne sur la tête intimida tout le monde. Il marcha à pas lent, devant tous ceux qui retenaient leur respiration. Il s'arrêta. Fit un demi-tour sur sa gauche. Au fond du couloir, une salle plus protégée que les autres. On venait d'y enfermer quelqu'un qui venait de faire trois tentatives d'évasion et deux tentatives de suicide. Liez ouvrit la porte, et rentra dans un lieu encore plus noir que la mort. Il restait une minute et trente secondes avant l'exécution de Necryos. Le bourreau était en train d'affuter sa hache dans la salle. Necryos, lui, était attaché à une table, les bras et les jambes écartés. Silencieux. Un bâillon aux proportions démesurées lui cachait la bouche. Liez se débarrassa du bourreau, détacha l'elfe noir, sans enlever son bâillon pour autant, le prit violemment par le col et le traina derrière lui sans cérémonie d'une main, sur le sol. Il emprunta le passage secret, remonta à la surface, traversa le hall d'entrée, et repassa par la porte d'entrée. Il traina Necryos sur le sol jusqu'à la sortie de la ville, puis le jeta sur le sol. Il libéra son haillon et ses menottes qui tenaient ses poings liés sans ménagement, puis il lui dit de partir. Il lui dit que Nogare Ayra était au lac, peut être qu'Abronkhar ou Elyna y étaient à l'heure présente. Il lui ordonna de ne rien dire à personne sur sa position, de l'oublier, de le laisser seul. Il déclara qu'il allait rester ici. Il n'était qu'un danger pour tous. Il ne lui demanda rien d'autre en échange de sa liberté.
Liez n'attendit pas que Necryos parte pour retourner dans les ruines d'Ayléa.
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Megalomania
Paradise comes at a price
That i am not prepared to pay
What were we built for?
Could someone tell me please?