* Je me souviens. J’ai été martyr. Je le suis toujours. Les rôles vont bientôt changer. C’est le peuple qui servira de souffre douleur, de victime. Le peuple est aveugle, manipulable, et on peut en attendre beaucoup de lui. Il est tellement plus facile de corrompre la masse, alors qu’un individu isolé est beaucoup plus dur à convaincre.
Ma capuche me voile les yeux, je ne suis pas reconnaissable. Je passe les portes sans attirer l’attention des gardes qui rêvassent. Je songe un instant à abandonner mon objectif, mais faire demi tour serait inutile à ce stade.Une exécution publique aura lieu aujourd’hui, des affiches sont collées un peu partout sur les murs de la ville. C’est une bonne occasion pour lancer un discours, la foule sera là, à l’écoute. Il y a du monde dans les rues, je bouscule une femme un peu trop pressée, je heurte un gamin qui devait probablement s’amuser. J’en profite pour voler soigneusement et délicatement quelques objets dans la poche de certains. Personne ne remarque mes vols. J’ai toujours ma dague maléfique, accompagnée de quelques trentaines d’autres, ordinaires celles-ci. Un homme hurle depuis sa maison que la pendaison va avoir lieu dans quelques minutes. La masse accourt vers la place, écrasant tout sur son passage. Dans cette tumulte, on ne fait même pas attention aux gens qui tombent, vivant ou non. Il est presque difficile de tenir debout devant la masse croissante de monde affluant de toute part, de plus en plus grande et compacte. Je me fais piétiner, je me relève, et plusieurs fois je manque de retomber.
Les condamnés sont déjà sur l’échafaud, la tête pendante, corde au coup, le regard complètement vide pour plusieurs, apeuré pour d’autres. Il y en a un qui tente de s’enfuir, mais il est très vite ramené par le bourreau. Il baisse la tête, peut être est-il entrain de prier.
‘ A mort ! ‘ scandait la foule entrain de bouillir.
‘ Plus vite ! ‘ s’écriait un paysan un peu trop impatient. C’était un spectacle pour tous. La foule blâmait, criaillait sans cesse insultes et autres scandaleux blasphèmes.
Dès que les tambours se firent entendre, raisonnant jusqu’à la périphérie de la ville de leur sourde basse, puissante et énergétique; je décida de changer d’avis. Je ne pourrai pas m’affirmer ici, il y a beaucoup trop de sécurité. Je pris alors plusieurs dagues, les jetant sur chacun des dix prisonniers. Une façon comme une autre d’abréger leur souffrance. C’est seulement après quelques secondes de confusion que la foule remarqua que les hommes qui auraient du pendre au bout d’une corde étaient tous morts, sans exception. Aucun n’agonisait, ils avaient tous une dague plantée dans le cœur. Moment de panique. Les soldats cherchèrent le coupable, mais la foule mécontente provoquait incident sur incident. Les infrastructures de la mort tombèrent sous le poids de dizaines d’hommes et de femmes en colère, et personne n’arrivait à calmer ses bêtes enragées. Moi, je n’étais déjà plus là. J’avais profité du chaos général pour rentrer dans la taverne la plus proche, essoufflé. J’avais lamentablement loupé mon coup.
Je n’ai jamais rien réussit. Mais ça va changer, croyez-moi. *
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" On ne peut pas éternellement fuir ... "